Ton année, Seigneur ?
Mon Dieu !
Ta prière, notre Père, ne dit-elle pas : que ta volonté soit faite ?
Non, ce n’est pas ta volonté.
Tu es amour, disons-nous aussi.
Où est-il cet amour ?
Faut-il une tragédie, une telle tragédie, pour que cet amour se manifeste.
Dans l’amour des survivants ?
Non, blessure et mort ne manifestent pas amour.
Et l’amour des survivants pleurent, est en larmes.
Flots de larmes.
Amour manifeste ?
Malgré, disons-nous, malgré…
Comme si ce qui est advenu n’avait rien de toi, rien à faire avec toi.
Non, Seigneur, tu y es, pleinement.
Seigneur ? Non, Seigneur n’y étais-tu pas, tu ne serais pas mon Dieu, notre Dieu.
Mon Dieu.
Elle pleure. Elle.
Victime donc, victime avec les victimes, blessée avec les blessés, es-tu.
Es-tu encore ?
Et la mort ?
Abîme y a-t-il, abîme oui.
Silence.
Comment dire le silence ?
Parce que dire devons-nous, doivent-ils, et elles. Elles ! Mamans.
Dois-tu, peux-tu, devrais-tu, pour survivre, vivre.
Vivre. Es-tu ?
Nous ne pouvons pas le taire, nous taire.
Faire silence, peut-être, mais c’est un silence qui hurle.
Parole es-tu, disons-nous.
Alors paroles trouver devons-nous.
Te trouver, retrouver, le perdu, brûlé dans les flammes de l’inferno, devons-nous,
dans les cendres et la chair vive.
Mon Dieu !
Ton année ? Seigneur ?
Armin Kressmann 2026

